Près de 13% des ménages français en situation de précarité énergétique :

En quelques années, la part des dépenses d’énergie dans le logement est passée de 10 % à 15 % pour les ménages les plus modestes et selon l’INSEE, 3 400 000 ménages consacrent plus de 10 % de leurs ressources à payer leurs factures de chauffage et d’électricité. Dans son rapport d’activité 2009, le médiateur national de l’énergie fait état d’une amplification importante des saisines liées à l’impossibilité pour les ménages de régler leurs factures énergétiques. Les perspectives de hausse du coût de l’énergie conjuguées à un contexte économique morose induiront inévitablement une augmentation de la précarité énergétique dans notre pays. Pour ces raisons, un groupe de travail dédié à cette question a été mis en place dans le cadre du plan bâtiment du grenelle de l’environnement, certaines préconisations qu’il contient commencent à entrer en application. Cet article a pour objet de décrire le phénomène de la précarité énergétique, un second abordera les outils à la disposition des ménages et des collectivités pour limiter son développement.

Les ingrédients de la précarité énergétique

En France, on retient le seuil de 10% des revenus disponibles affectés aux achats d’énergie à usage domestique pour qualifier une situation de précarité énergétique.
Elle est le résultat de la combinaison de trois facteurs :

  • Coût de l’énergie : il parait inévitable qu’il soit durablement orienté à la hausse
  • Mauvaise qualité thermique des logements : selon une étude réalisée par l’ANAH, près de 25% des logements ont des performances énergétiques médiocres (étiquette énergie F, G, H ou I)
  • Faiblesse des revenus du ménage : la part des revenus consacrée au logement (charges d’eau et d’électricité incluses) a connu une augmentation très importante, notamment chez les personnes les plus modestes, depuis une vingtaine d’années, passant de 12% à 24%, pour les ménages du quintile inférieur des revenus.

Coût énergie,mauvaise qualité logement, revenus faibles

La simple identification des déterminants de la précarité énergétique permet de mieux prendre la mesure de ce phénomène, ainsi que la difficulté à la traiter du fait de la multiplicité de ses causes et de leurs interrelations.

Les conséquences de la précarité énergétique

On peut identifier trois grandes catégories de conséquences :

    • Dégradation de la qualité de vie dans le logement

Pour éviter le risque d’impayé, les familles en situation de précarité énergétique vont fréquemment adopter l’une des stratégies suivantes : calfeutrement des aérations, utilisation de chauffages d’appoint, privation de chauffage. Toutes ont des conséquences fortes sur la qualité de vie dans le logement et peuvent même mettre en péril la vie des occupants : taux d’humidité trop élevé qui peut provoquer l’apparition de moisissures, pollution de l’air intérieur forte du fait du non renouvellement de l’air et dans les cas les plus graves intoxication au monoxyde de carbone, risque d’incendie lié à l’utilisation de chauffage électrique d’appoint sur des installations insuffisamment dimensionnées.
La dégradation de la qualité de vie dans le logement aura inévitablement un impact sur la santé de ses occupants.

    • Les conséquences sanitaires

Lors d’un colloque organisé par les membres du programme européen Etude sur la Précarité Energétique en Europe, qui ont grandement contribué à ce que la précarité énergétique soit reconnue et prise en compte par les pouvoirs publics dans tous les pays membres de l’UE, le lien entre précarité énergétique et santé a été rapporté, en se fondant notamment sur les conclusions d’études réalisées par l’OMS. Il a été constaté que la mortalité est beaucoup plus élevée chez les ménages habitant les logements les plus mal isolés. En effet, les courbes de mortalité constatées dans les logements les moins efficaces énergétiquement et dans les logements les plus efficaces ne se recoupent que durant les mois d’été. Elles divergent en revanche le reste de l’année, les plus grands écarts apparaissant en janvier et février.
Toujours selon la même étude, il semblerait qu’une baisse de la température extérieure de 1°C, induise une hausse du nombre de consultations de 8,5% pour les affections ORL, de 12,4% pour l’asthme et de 11% pour les affections du système respiratoire inférieur (pneumonies, par exemple). L’impact de la baisse de la température de l’air étant évidemment différent selon l’exposition au risque de précarité énergétique.
Il serait toutefois nécessaire pour mieux établir et quantifier ce lien que des études épidémiologiques à plus grandes échelles soient réalisées.

    • les conséquences sociales

La précarité énergétique peut provoquer chez les personnes qui la subissent repliement sur soi et isolement social hypothéquant ainsi la capacité du ménage à augmenter ses ressources et l’acculant au risque d’impayé. Chez les enfants, groupe de population particulièrement sensible aux conséquences sanitaires évoquées ci-dessus, le taux d’absentéisme scolaire est plus important si le foyer est en situation de précarité énergétique.

Les ménages victimes de la précarité énergétique

L’enquête logement 2006 de l’INSEE permet de mieux apprécier l’ampleur du phénomène et d’identifier plus précisément les ménages qui en sont victimes.

    • Quantification du phénomène

Plus de trois millions de ménages, soit plus de 13% de l’ensemble des ménages sont en situation de précarité énergétique, c’est à dire qu’ils consacrent plus de 10% de leurs revenus aux achats d’énergie domestique. En moyenne, le taux d’effort de la population française est proche de 5,5%. Parmi les ménages du premier quartile de revenu (la tranche de revenu la plus basse qui regroupe 25% des ménages), 36% sont en situation de précarité énergétique, contre 1% parmi les ménages du quatrième quartile (la tranche de revenu la plus élevée qui regroupe 25% des ménages).

    • Le profil des ménages en précarité

* 87% des ménages sont logés dans le parc privé
* 70% appartiennent au premier quartile de niveau de vie
* 62% sont propriétaires
* 55% d’entre eux ont plus de 60 ans
* 72% habitent des maisons individuelles
Personnes agées, maisons individuelles, fiables revenus, profil type des ménages en situation de précarité énergétique
Sur la base de l’enquête nationale logement de l’INSEE, une typologie plus fine a pu être établie et 8 segments identifiés. Il serait ici trop fastidieux de les énumérer et de les caractériser, pour cette raison seules quelques valeurs remarquables sont présentées.

Jean-Christophe Agnel

Ressources :
Extrait de l’étude réalisée par l’ANAH sur la précarité énergétique

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