Perspectives énergétiques mondiales

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il est assez difficile de dénicher des articles ou des rapports sur les perspectives d’évolution de la demande énergétique à moyen terme. Il s’agit pourtant d’un paramètre fondamental qui influera sur la santé économique de nos sociétés, conjurera ou au contraire nous rapprochera du big-bang climatique, attisera ou apaisera les conflits liés à la détention des sources d’énergie.
L’Agence Internationale de l’Energie qui regroupe 28 pays dont les économies sont parmi les plus avancées publie annuellement des projections sur l’évolution des marchés de l’énergie et analyse l’impact des différents scénarios envisagés.
Le présent article tente de synthétiser les informations contenues dans le « World Energy Outlook 2010 » publié par l’AIE.

Les perspectives d’évolution de la demande énergétique à l’horizon 2035

Trois scénarios sont envisagés et modélisés :

    • Scénario « Politiques actuelles »

Comme son nom l’indique, il est fondé sur le maintien des politiques énergétiques actuelles et le non-respect des engagements pris pour améliorer l’efficacité énergétique de nos sociétés, pour réduire l’utilisation d’énergies fossiles fortement émettrices de gaz à effet de serre.

    • Scénario « Nouvelles politiques »

A l’inverse du scénario précédent, il prend en compte les engagements politiques généraux et les plans d’action annoncés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

    • Scénario 450

Il propose des des trajectoires énergétiques cohérentes pour limiter le réchauffement climatique à 2°c en moyenne, ce qui suppose de parvenir à limiter la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à 450 ppm d’équivalent CO2.

Différents scénarios évolution demande énergétique
Quel que soit le scénario retenu, la demande énergétique mondiale devrait donc connaître une progression forte sur la période 2008-2035 : limitée à 0,7% par an dans le « scénario 450 » et atteignant 1,4% par an si le scénario « Politiques actuelles » se réalise. Dans le premier cas, l’évolution de la demande sur la période de l’étude serait de 20%, alors qu’elle dépasserait 40% dans le scénario « Politiques actuelles ».
Quel que soit le scénario retenu, les énergies fossiles resteraient prédominantes dans le mix énergétique, la part des énergies renouvelables étant plus importante dans le « scénario 450 ».

Importance croissante des économies émergentes dans l’évolution de la demande énergétique

Sans surprise, ce sont les pays émergents qui tirent le plus la demande énergétique mondiale et plus particulièrement la Chine et l’Inde. A eux seuls ces deux pays sont responsables de plus de la moitié de l’augmentation de la demande énergétique mondiale.
La demande de la chine s’élèverait de 75% sur la période 2008-2035. Alors que sa consommation représentait la moitié de la consommation des Etats-Unis en 2000, elle serait devenue en 2009, le plus gros consommateur d’énergie !
En ce qui concerne l’Inde, sa consommation d’énergie devrait doubler sur la période 2008-2035.
Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, une partie de notre avenir dépend des politiques mises en œuvre par ces deux géants.
Inde et Chine principaux responsables de l'augmenttaion demande énergétique

Et le pic pétrolier dans tout ça ?

Le pic pétrolier est atteint lorsque le cumul de la production a dépassé la moitié des réserves exploitables. Au delà de point, la production ne peut que décliner. Il n’est toutefois pas aisé de dater précisément l’occurrence de cet événement, il dépend en effet de l’évolution de la demande en pétrole et des prix du brut qui peuvent inciter ou freiner les ardeurs des industriels à extraire du pétrole toujours plus difficilement accessible.
D’après les différents scénarios étudiés par l’AIE, le risque de pic pétrolier à court ou moyen terme est assez faible, mais présente une forte probabilité d’intervenir avant 2030.
Il est toutefois nécessaire de préciser que cette prévision contraste avec le résultat d’autres études. On pourrait notamment citer, les scénarios retenus par l’Association for the Study of Peak Oil and Gas. Il s’agit d’une association pour l’étude du pic pétrolier et gazier qui a été créée pour alerter les décideurs et l’opinion publique de l’imminence du pic pétrolier. Début 2008, l’ASPO prévoit un pic pétrolier vers 2010 et un pic gazier vers 2020.
Sans mentionner toutes les études et rapports qui tentent d’établir la date du pic pétrolier, il existe désormais un consensus sur le fait que le pic pétrolier est inévitable, qu’il est proche et doit être anticipé sous peine d’être dévastateur pour nos économies et sociétés.
Par ailleurs, il convient aussi de remarquer que l’AIE intègre dans les différents scénarios étudiés, un recours non négligeable au pétrole non conventionnel (sables bitumineux, pétrole extra-lourd, essence synthétique, schistes bitumineux). Or, l’exploitation de ces sources non-conventionnelles peut avoir un impact environnemental fort. Il n’est donc pas interdit d’imaginer qu’elle se heurtera à une forte opposition de la part des habitants des zones d’extraction, à l’instar de la mobilisation croissante contre les permis de recherche de gaz et huiles de schiste.

L’évolution du prix du pétrole

Prédire l’évolution du prix du pétrole est là aussi un exercice particulièrement délicat, dans la mesure où il dépend non seulement de l’équilibre de l’offre et de la demande tel qu’il est anticipé, mais également de facteurs très conjoncturels, comme la crise lybienne par exemple, voire d’anticipations purement spéculatives de la part des opérateurs de marché.
L’AIE estime toutefois qu’entre 2009 et 2035, le prix du baril de pétrole pourrait quasiment doubler en passant d’une valeur moyenne de 60 dollars à 113 dollars par baril au cours de 2009.

La contribution des énergies renouvelables aux besoins énergétiques

Leur rôle dans la construction d’un nouvel ordre énergétique mondial plus sûr, plus fiable et plus durable est déterminant. Ainsi, dans le scénario « Nouvelles politiques », la part d’électricité produite à partir de sources renouvelables passe de 19% en 2008 à 33% en 2035.
Les experts de l’AIE prennent toutefois soin de noter que l’essor des énergies renouvelables est conditionné à la vigueur des mesures de soutien décidées par les pouvoirs publics, pour rendre plus compétitives ces nouvelles énergies. Cette recommandation semble bien éloignée de la politique chaotique mise en œuvre par le gouvernement français en la matière.

Evolution de la demande énergétique et réchauffement climatique

L’influence des rejets de gaz à effet de serre résultant de la combustion d’énergies fossiles sur le réchauffement climatique étant quasi-unanimement reconnu, l’AIE a tenté d’évaluer l’impact des différents scénarios modélisés sur l’élévation de la température terrestre.
Influence évolution demande énergétique sur réchauffement climatique
Selon les simulations présentées par l’AIE seule l’adoption du « scénario 450 » est susceptible de permettre d’atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique moyen à 2°C. Ce scénario impose d’adopter une politique ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la mettre en œuvre rigoureusement dés maintenant. Manifestement, les engagements pris suite à l’accord de Coopenhague, sont insuffisants pour y parvenir, une nouvelle fois la charge de l’effort est donc laissé aux générations futures.

Jean-Christophe Agnel

 

Pour en savoir plus sur le marché du pétrole et les pics de production

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